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Exposition  virtuelle

Yann FABES

 

 

 

 

 

 

Daizy Oh, 2001
Impression à la graisse sur verre, encre époxy
66x121

 

Alison, 2001
Impression à la graisse sur verre, encre époxy
234x160



 E.M.2., 2000 - Impression à la graisse sur verre, encre époxy - 123x244

 

Transport 5, 2001
Impression numérique sur Altuglas, encre époxy - 51,5x75,5 (Détail)

A l'occasion du vernissage de Yann Fabès, l'écrivain Eric Suchère a été invité à réaliser une performance-lecture. Il a également écrit les textes intitulés "..un autre mois..." pour le catalogue édité par l'Espace Vallès.
"...un autre mois..." est accessible en permanence sur le site internet d'Eric Suchère : perso.wanadoo.fr/poesie.suchere/

Yann Fabès, l'image mise à l'épreuve

Depuis quelques années le travail de Yann Fabès interroge simultanément les pratiques photographiques et picturales.
De cet entre deux, Y. Fabès a fait son champ d'investigation sans jamais rien affirmer. Cela ne signifie pas qu'il y ait de sa part une volonté de ne pas faire le choix, au contraire... Ce qui est mis en jeu dépasse la question des techniques utilisées.
Y. Fabès poursuit, d'une série d'oeuvres à l'autre, un propos sur l'image. Une image qui est à la fois redevable de la photographie et de la peinture sans toutefois s'y arrêter.
De fait, ce travail pose plus de questions qu'il ne livre de réponses.
Il y a d'abord le dispositif: des impressions à la graisse sur verre, ou des impressions sur film et verre dans des cadres-boîtes que l'artiste fabrique lui-même.
Il y a aussi ce que voit le spectateur, ou ce qu'il perçoit : une image parfois floue, occultée ou brouillée ou de simples halos colorés... Une image énigmatique et comme en suspens. Le regard se prend au jeu malgré lui, s'interroge sur ce qu'il voit ou cherche à identifier et interpréter des éléments.
Ailleurs, dans le quotidien, l'image est a priori plus généreuse : elle se livre dans l'immédiateté, omniprésente, (omnipotente ?) : évidence de l'image contemporaine qui paradoxalement en interdit une lecture fine.

Ici, elle se refuse, affleure à peine pour s'ouvrir sur un vide apparent. L'oeil distingue des couleurs, des textures et parvient dans certains cas à isoler des fragments, de minuscules pans de réalité/ qu'il s'agisse de ces ampoules colorées, d'un gros plan sur un oeuf ou sur des glaçons... Mais tout cela ne dit rien et sitôt ces éléments reconnus, l'oeuvre se referme sur elle-même : l'image ne livre rien de plus que ce qu'elle est.
Par Nature, on sait que toute l'image est un leurre, pourtant lorsque celle-ci emprunte les formes de la réalité et devient une représentation l'oeil est malgré tout piégé. Aux prises avec cette question, comme bien des individus aujourd'hui (qu'ils soient ou non des artistes), Y. Fabès questionne le statut de l'image et pour ce faire en éprouve les limites. Qu'il use du procédé photographique et de techniques qui pourraient être celles de la peinture n'est évidemment qu'un moyen. La fin consiste en une suite de questions sur la nature de l'image et de ce qui la constitue; sur les limites du médium photographique utilisé dans un tel contexte ; sur la lumière, la couleur, les matériaux eux-mêmes, la graisse qui fait l'image (on ne sait comment) ; et cette ambiguïté entre image et non image, représentation et abstraction. Ces questions déjà posées reviennent ponctuellement dans l'histoire de l'art de ce siècle, et l'on pourrait citer des travaux d'artistes aussi différents que Rodtchenko, Man Ray, Ad Reinhardt, Richter ou Tosani, elles ne perdent pourtant rien de leur actualité. On peut être séduit devant les oeuvres de Y. Fabès, on peut aussi s'y laisser entraîner et cela n'implique pas les mêmes choses...

Cette évidence, si elle vaut pour toutes les oeuvres de l'histoire de l'art vaut aussi pour celle-ci. Le travail de Y. Fabès s'oppose au zapping, aux images trop vite consommées ou consumées, mais aussi (même si l'acte n'est pas revendiqué), à ce fameux regard objectif prôné par un grand nombre d'artistes usant du médium photographique depuis dix ans. Y. Fabès, assume pleinement la manipulation, la mise en scène nécessaire à cette fabrication d'images : le dispositif. Mais il donne peu de souplesse au procédé en lui laissant une part non négligeable d'aléatoire.
Figée derrière le verre-écran, l'image n'est perçue qu'en différée, cette apparition différée qui est le propre de toute image (peinture, photographie, cinéma, vidéo...) est ainsi mise en évidence. Le brouillage, le flou ou le vide maltraitent l'image et en éprouvent la résistance. Paradoxalement, ils rendent celle-ci plus présente, plus persistante, moins périssable qu'une représentation littérale. Au déferlement et à prolifération d'images médiatiques, Y. Fabès oppose des images rares, il sollicite le regard actif, l'effort d'attention du spectateur quitte à ce que celui-ci, dans un second temps, se laisse simplement porter par leur seule beauté. Dans ses travaux les plus récents, Y. Fabès renoue plus directement avec une tradition d'abstraction picturale : de grands halos colorés (provenant de spots de couleurs) laissent apparaître des espace vides. Le grand format de pièces, les surfaces colorées, ne sont pas sans évoquer l'abstraction américaine des années 50. Mais là encore, la conclusion serait trop rapide s'il ne s'agissait d'espaces réels, bien que vides et à peine perceptibles. Si l'on peut comparer la surface peinte et celle de la photographie, cette notion est très fortement mise en exergue dans le travail de Y. Fabès. La surface est mise à distance par l'écran que constitue le verre qui tout en laissant l'environnement (spectateur compris) flotter à sa surface, empêche le regard de franchir certaines limites. Le regard effleure, et l'image préserve son intimité et son silence. Yann Fabès nous rappelle que l'oeuvre n'est toujours que ce que l'artiste accepte de donner à voir.

Françoise-Claire Prodhon. Paris, Avril 1998

Texte extrait du catalogue édité à l'occasion de l'exposition de Yann Fabès à la Galerie IUFM Confluence(s), Lyon, 1998.



L'oeuf (Improtégé), 1998.
Impression sur films, altuglass.
231x210

Construire une image de l'intérieur, mettre à nu en prenant garde de ne rien montrer et annihiler ainsi toute iconologie. (Notes Yann Fabès)



Sans titre 1998.
Impression sur film, altuglass.
158x130



Sans titre (Dés), 1997.
Impression sur films, verre.
235x193

C'est certainement l'oeuvre la plus photographique et la plus surinformée.
L'opposition créée à la fois par la rémanence du sujet mais aussi par sa probable vacuité
en fait un objet réellement ambigu.
Franchir la rive ?

(Notes Yann Fabès)



Occurence V, 1997.
Photographies - Verre - Bois
188,5 x 114

Atelier VI, 1995.
Photographie - Verre - Bois
99x148
Fonds municipal d'art contemporain de la ville de Paris

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