
Dans la nudité de l´atelier, les toiles de Cédric Nové-Josserand ignorent le mur. Elles n´ont pas connu non plus le chevalet, ni le pinceau d´ailleurs. Elles ne tiennent à rien ou presque, un simple fil qui depuis le plafond les enjoint à la verticalité et à l´attente, détournées du regard.
Elles ne sortent de leur réserve que pour exposer au grand jour des surfaces veloutées, au propos ténu. Le corps parfait de la peinture s´y donne à voir, sans heurt ni trace. Il n´est rien arrivé qu´un avénement simple, pense-t-on. Ici une vibration plus soutenue de la couleur, là une profondeur révélée par l´insistance de la lumière, ailleurs une tension murmurée dans l´effleurement de deux teintes.
L´envers de cette douce transparence révèle pourtant un combat, un corps à corps avec la matière. Cédric Nové-Josserand construit lui- même de vastes châssis à taille d´homme, qu´il empoigne et dresse au- dessus de lui comme un cerf-volant qu´il faudrait aider à voler. Côté ciel, la toile reçoit la couleur et acquiesce à l´acte par lequel la peinture se fait naissance et révélation.
Peindre tient alors de la danse, de la transe. Les bras bougent, se balancent, le corps se déforme, se tend, la peau s´étire, et toute cette gestuelle se transmet à la toile, à la manière d´une respiration, d´une inspiration. Comme d´autres avant lui, mais de manière singulière, l´artiste n´est plus face à un sujet déjà mentalement achevé, il ne projette ni forme ni sens, ne s´attend à rien, il vibre seulement dans l´instant même d´une pure émergence.
Longuement manipulées, bercées, on a envie de dire " mouvementées ", les toiles s´imprègnent d´une matière pigmentée qui envahit toute la surface, laissant peu à peu apparaître tout un univers imprévisible. Le risque de peindre ainsi en aveugle est assumé avec émerveillement par l´artiste. Quelque chose vient au jour, il ne sait jamais quoi, à la fois avec lui et sans lui. Quand l´épreuve est terminée, la toile finie, c´est comme si un nouveau vitrail avait été déposé sur le monde, un carré de lumière réparateur.
Les grandes peintures de Cédric Nové-Josserand ne font pas série, chacune raconte une histoire. Parti de la terre, le propos gagne peu à peu en apesanteur. Le châssis devient croisée, fenêtre ouverte, la toile se fait voile. Elle porte la peinture vers plus de lumière, elle emporte ailleurs.
Danielle Maurel


"Sans titre"
180x180 cm (acrylique sur toile)


"Sans titre"
180x180 cm (acrylique sur toile)
Conception
F. Guinot / B. Bruatto
Crédits photographiques
J-M Jennet
A voir :
Archives - Expositions virtuelles
Des artistes ayant
exposé à l'Espace Vallès Thèmes des ateliers de pratiques artistiques