
Autoportraits - l'Ombre nue - l'Etrangère intime
Habituellement happé par des images frontales ou fulgurantes, traquée par un tourbillon de sollicitations, notre attention, face aux photographies d'Aurore de Sousa, se trouve captée de manière oblique, incidente. Nulle évidence ne saute aux yeux devant ces bribes de miroirs posés dans l'herbe noire, ces portraits fuyants, ces clichés enchâssés dans l'image même et que frôle un doigt de lumière, ce visage dont les traits béants se dissolvent entre ses contours, ce corps nu debout derrière une vitre opaque et fissurée.
Le temps ici suspendu n'est pas celui d'un saisissement, d'un battement de paupières : l'apparence laisse entrevoir des profondeurs plus ou moins troubles, la mise au point crée un jeu des distances et de rapprochements, des écarts de niveau et de perception dans la simultanéité des plans. Le temps ici, excède celui fixé par l'image. La mise au net, par les zones qu'elle laisse dans l'indistinct, met en abîme la durée, ses failles, ses interruptions et ses reprises : l'instant du déclic est déjà chargé d'une mémoire, hanté d'une antériorité, qu'interrogent les éléments disposés comme pour lancer une fiction - ou une autofiction, chacun d'eux étant introduit comme un indice biographique. Mais la narration reste flottante, retenue, en instance, comme si elle n'avait jamais fini d'apparaîre pleinement dans le bain de la révélation. Quelque chose semble appeler, implorer même, à travers ces images, mais rien n'est révélé de l'énigme du temps...
Jean-Pierre Chambon
Extrait du catalogue édité à l'occasion de l'exposition d'Aurore de Sousa à l'Espace Vallès (disponible à la galerie).


L'Ombre nue, 1994 - 1999
photographies 14 x 9 cm


Autoportraits, 1998 - 1999
photographies 120 x 80 cm
Ce qui est présent, c'est ce qui est là simplement là et qui ne fait rien d'autre qu'être là.
Aurore de Sousa
A voir :
Archives - Expositions virtuelles
Des artistes ayant
exposé à l'Espace Vallès Thèmes des ateliers de pratiques artistiques