Le 19e siècle représente une étape essentielle dans l’histoire religieuse des Antilles, de la Guyane française et l’essor des congrégations. Jusqu’au Second Empire (1852-1870), la christianisation n’avait eu qu’un impact mineur, les îles restaient en marge de l’évangélisation.
L’abolition de l’esclavage en 1848 et la politique coloniale française vont favoriser le développement des congrégations religieuses. C’est dans ce contexte que prend naissance la congrégation de Notre-Dame de la Délivrande en 1868 sous l’impulsion du père Dufrien et de Laure Sabès, la fondatrice.
Cette association religieuse, d’abord destinée à veiller sur le sanctuaire du Morne-Rouge en Martinique, s’investit progressivement comme oeuvre de bienfaisance avec une vocation médicale et d’enseignement catholique.

En 1884, suite aux difficultés administratives et religieuses rencontrées par la congrégation en Martinique, Monseigneur Fava, évêque de Grenoble, invite la fondatrice, Laure Sabès, à venir créer un couvent dans son diocèse.
En 1885, quatre soeurs arrivent dans l’agglomération grenobloise sous une neige qui n’en finissait pas de tomber. Après une courte installation rue Créqui, à Grenoble, Laure Sabès ou Mère Marie de la Providence souhaite demeurer près des plus pauvres dans les quartiers périphériques de Grenoble.
Les soeurs de la Délivrande font le choix du quartier populaire de la Croix-Rouge, dépourvu d’église et peuplé d’ouvriers démunis plutôt que du quartier Saint-Bruno. Elles font édifier un vaste couvent et une grande église, inaugurés en 1887. Outre la vocation d’évangélisation des populations pauvres, elles vont avec l’aide du docteur Bisch, développer l’aide matérielle et médicale aux habitants de la Croix-Rouge avec la création d’un dispensaire en 1890 et quelques années plus tard d’une école.
En 1891, un cyclone tropical balaye la Martinique, détruit la maison mère au Morne-Rouge. À cela s’ajoute quelques années plus tard, l’aboutissement de la loi du 1er juillet 1901 sur la liberté associative sauf pour les congrégations religieuses obligées de demander une autorisation légale. Enfin, la loi de 1904, interdit l’enseignement à tout membre d’une congrégation, ce qui va les pousser à s’affilier à l’ordre dominicain en 1941, très influent dans le monde notamment en Egypte et au Liban.
Aujourd’hui à Saint-Martin-d’Hères, 17 religieuses occupent l’enceinte de ce vaste couvent et tiennent une école privée.
Au début du 19e siècle, le quartier de la Croix-Rouge commence à se dessiner. Situé en périphérie de Grenoble, il est cerné par les champs. La pauvreté est prégnante, les épidémies fréquentes dans ces anciens terrains marécageux du bord de l’Isère. Le quartier se développe rapidement au gré des chantiers et de l’arrivée des ouvriers et ouvrières dans les premières usines : la biscuiterie Brun, la Sacer (construction des routes), les établissements métallurgiques Neyret-Beylier, la peausserie Vial… De nombreux travailleurs arrivent d’Arménie, Grèce, Italie, Espagne et d’autres des anciennes colonies et protectorats français : Algérie, Maroc et Tunisie.
À côté du couvent, se construisent l’école publique de la Croix-Rouge (1889), des logements, des cafés et clos de boules, des commerces, qui longent l’ancienne route du tramway, devenue en 1951 l’avenue Ambroise-Croizat.

Durant cinq ans, des travaux seront réalisés pour asseoir la congrégation dans sa nouvelle demeure. Un internat, une école, une bibliothèque, un ouvroir, un couvent et une église de type roman sont construits. Tailleurs de pierre, charpentiers, maçons, voituriers, plâtriers viendront travailler dans le quartier de la Croix-Rouge. Pour cette époque, ces constructions sont à la pointe de l’innovation architecturale avec l’utilisation du ciment moulé ou "or gris".
L’architecture de l’édifice fait apparaître un remplacement des éléments classiques de pierre de taille par l’utilisation de la pierre factice et le ciment naturel prompt moulé : encadrements de baies, chaînages, modillons, corniches de l’église. Le reste du gros-oeuvre reste en maçonnerie traditionnelle.
Un style néo-roman d’une façon plus sobre (peu de décor) et plus sévère est adopté pour les tours à l’allure fortifiée encadrant la façade.
C’est à Alfred Berruyer, architecte au service des ambitions des évêques de Grenoble que revient la construction de cet édifice. A découvrir, cet ensemble architectural demeuré intact à ce jour et son magnifique parc arboré.

Vous pouvez télécharger le dépliant présentant le couvent Notre-Dame de la Délivrande,
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