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Service du Patrimoine

La biscuiterie Brun

Brun : origine et naissance d'une marque de biscuits.

Au 18ème siècle, les Brun sont nombreux à Claix. L'un d'entre eux, Pierre, marié à Marguerite Sappey, a un fils. Comme souvent à cette époque on donne le prénom du père au fils ainé. Le 27 août 1783, naît au Peuil de Claix, Pierre Brun fils de Pierre. De son mariage avec Marie Lorandeu, naîtra le 31 octobre 1821 à Allière et Risset, Pierre-Joseph-Félix Brun. Comme son grand-père et son père, il est propriétaire cultivateur, héritier des trente et un hectares de terres familiales. Il augmente ses biens par un beau mariage avec Hortense Gorgy, fille d'un riche propriétaire, également de Claix.

 

Est-ce à ce moment-là que Pierre-Joseph décide de vendre lui-même les produits de sa terre avec l'espoir de gagner plus - ?

En 1856, il est établi rue Neuve du Lycée à Grenoble, marchand de grains, farine et fourrage. Il a trois enfants : Pierre-Jean-Félix né en 1849, Alphonse-Ferdinand né 1851 et Marie née en 1853.

Les affaires prospèrent. Le 15 mars 1868, il acquiert une propriété au n°10, rue de Sault sur laquelle il élève un immeuble comportant logement, magasins et bureaux. Aidé de ses deux fils, alors commis chez leur père, Pierre-Joseph développe et diversifie ses activités. C'est l'achat, le 10 mai 1869, d'un moulin aux Granges à la Capuche, lieu-dit les Murailles sur le chemin d'Echirolles. Il en dote son fils aîné Pierre-Jean-Félix pour son mariage avec Lucie Buisson, propriétaire à Echirolles où le couple s'installe. De cette union naîtra un garçon en 1874, Pierre-Gaëtan-Etienne Brun, communément appelé Gaëtan.

L'option industrielle des Brun se confirme. Pierre-Joseph est un meunier qui ne dort pas, il a des idées et les moyens. Peu à peu, les terres de Claix sont vendues et le 20 décembre 1877, il achète des terrains et bâtiments rue du Polygone avec un quai et un embranchement direct à la voie de chemin de fer. En 1879, père et fils fondent une première société à vocations multiples : location d'engins agricoles, vente de graines fourragères, farine et fourrages. Ils créent une société de transport sur route et une autre de cylindrage des chaussées. Au moulin de la Capuche, s'adjoint une usine pour le pressage à vapeur du fourrage haute densité destiné aux fournitures militaires. 1883 est l'année décisive pour l'avenir des Brun. Pierre-Jean-Félix fait construire une biscuiterie, avenue de Vizille à Grenoble. Sa spécialité : le pain de guerre ou biscuit du soldat. La fourniture aux subsistances militaires devient l'activité prépondérante de l'entreprise Brun. Les installations de la rue du Polygone sont désormais trop petites. Alphonse Brun achète, toujours, avenue de Vizille, un terrain pour le rangement des roulottes et cylindres et deux bâtiments, un pour le stockage du fourrage, l'autre pour servir d'atelier de réparations.

Au décès de son père en 1891, Gaëtan lui succède dans la société comme associé de son grand-père et de son oncle Alphonse. Il épouse Amélie Laurent et entre dans l'affaire de son oncle par alliance, Fernand Laurent, négociant en fourrage et subsistances militaires en Ardèche. Alphonse Brun, dont on ne trouve trace nulle part, ni de femme ni d'enfant, ne reste pas inactif. En 1898, il se lance dans une autre aventure en s'associant avec François Paganon père & fils, distillateurs à la Croix-Rouge, à Saint-Martin-d'Hères. Avec quelques autres personnalités fortunées comme Stéphane Jay, maire de Grenoble, il crée la Distillerie Agricole de Grenoble : Alphonse Brun & Cie, dont il est le gérant. Spéculation ? Deux ans après, la société, accusant un lourd déficit, est en faillite. Alphonse rachète le tout pour la moitié de sa valeur et s'empresse d'agrandir en faisant construire une cheminée, un bâtiment supplémentaire et une bascule. En 1902, il acquiert deux parcelles attenantes d'un total de treize mille trois cents mètres carrés.

En 1904, Alphonse et Gaëtan regroupent toutes les sociétés en une seule. Ses activités sont multiples et diverses : transport, cylindrage des routes et autres travaux, fournitures militaires, biscuiterie, boulangerie, distillerie, vente de grains et farine, pressage du fourrage, minoterie, location d'engins agricoles et de sacs. Quatre dépôts existent : à la Côte-Saint-André, Tencin, Domène et un au Monestier-de-Clermont. L'implantation des Brun sur Saint-Martin-d'Hères continue avec la construction d'un bâtiment de dénaturation en 1905, d'un hangar à pulpe en 1909 et l'achat en 1912 d'une parcelle de quatre mille mètres carrés aux tuiliers Gay Jean-Louis, fils de François Gay, maire de Saint-Martin-d'Hères.

  

En août 1914, la France entre en guerre, huit millions d'hommes sont mobilisés. La biscuiterie de l'avenue de Vizille est saturée. Pour répondre à la demande, la construction d'une nouvelle usine est nécessaire. Des terrains sont encore achetés aux tuiliers Gay et Camand, la superficie totale et de six hectares fin 1915. La nouvelle biscuiterie est vite opérationnelle. L'histoire ne dit pas si, dans les tranchées de Verdun, les poilus ont eu le temps d'apprécier la fameuse galette, mais avec un tel potentiel de consommateurs, pas de problème de débouché. Dans le même temps, la distillerie fournit à l'armée l'alcool utilisé dans la fabrication des explosifs. Gaëtan Brun manque de levure, ingrédient indispensable dans la fabrication du pain de guerre. Procédant des mêmes matières premières, la distillerie produit aussi la quantité suffisante de levure pour la biscuiterie.

La guerre finie, l'escarcelle des Brun est pleine. Seul, depuis le décès de son oncle en décembre 1916, Gaëtan reconvertit la biscuiterie. Il la modernise, notamment par l'installation de fours électriques, il est aussi actionnaire dans la société qui les commercialise. Il embauche des pâtissiers, et rapidement sont fabriqués des biscuits fins à la qualité reconnue. L'ampleur que prend l'entreprise Gaëtan Brun est telle qu'en 1919, il décide de la fractionner en deux sociétés distinctes. La distillerie-levurerie et la biscuiterie deviennent société anonyme. En août 1920, la société de cylindrage devient la SACER. Dans les deux conseils d'administration apparaît une certaine madame Vve Touche, née Claire Mallard, fille d'un minotier marseillais. Elle est très liée aux banquiers et industriels grenoblois (les Mallard sont déjà actionnaires dans la SA Bouchayer & Viallet) et affiche une grande générosité envers les bonnes oeuvres. Gaëtan Brun meurt en novembre 1923 à l'âge de trente-neuf ans. La biscuiterie et la distillerie emploient cinq cents personnes. Quarante tonnes de biscuits par jour sont produites, c'est l'une des plus grosses industrie de la région. Madame Darré-Touche (Darrré d'un second mariage), sa secrétaire et plus, est sa légataire universelle.

 

A l'Exposition internationale de la Houille blanche et du tourisme de Grenoble en 1925, les visiteurs découvent une mini biscuiterie, construite spécialement pour cette occasion et dégustent les divers produits fabriqués devant eux. Ils voient surtout une utilisation différente de l'électricité, énergie nouvelle, conquérante, supposée alléger le travail des hommes.Ils assistent à une véritable renaissance de l'industrie alimentaire, produire mieux, plus vite et de meilleure qualité.

 

Pendant près de cinquante ans, les chevrons bleus et jaunes, peints à cette occasion, image de marque des biscuits Brun, orneront le long mur de l'usine, avenue Ambroise-Croizat.

"Tiens ! Ca sent le biscuit, demain il va pleuvoir... Certains jours, par vent d'ouest, des femmes en blanc parfumaient la plaine en se brûlant les mains. Dans l'usine de la Croix-Rouge, loin des fastes et des discours dithyrambiques de l'Exposition, brimades et sanctions tombaient déjà drues. Madame Darré-Touche déposait ses bontés et charités au bureau du concierge".

Mais ceci est une autre histoire, celle de la biscuiterie Brun, usine de la Croix-Rouge que nous relate Clément Bon avec détails à partir de recherches en archives, de témoignages  et de souvenirs personnels : l'histoire des soixante-quinze années de luttes pour leur dignité, d'hommes et de femmes consciencieux et fiers de ce qu'ils fabriquaient. Une journaliste, relatant les dernières péripéties de la fermeture fin 1989, titrait son article ainsi : "Le biscuit, c'est pas du gâteau". Clément Bon nous fait la démonstration dans son ouvrage "Les biscuits Brun", que la formule courte, teintée d'humour, en dit long sur la réalité quotidienne d'un travail pénible, vécue par des hommes et des femmes qui ont contribué à faire la renommée mondiale des biscuits Brun.

  • L'ouvrage "Les biscuits Brun. Jalons sur un parcours glorieux, mais...tourmenté", de Clément Bon, édité SMH histoire-Mémoire vive n°5, est disponible à la maison communale, service du patrimoine, 111 ave Ambroise-Croizat. Tél. 04 76 60 73 73.

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