
Photo prise à l'occasion de la performence
" J'ai toujours voulu être un gardien de foot"
Mémoire mouvante
Par la performance ou la sculpture, par l'image fixe ou animée, David Paredes fait son miel d'un univers saturé d'emballages, de boîtes et autres déchets industriels au potentiel plastique illimité. Loin de toute ostentation agressive, il recycle ces rebuts avec douceur et leur donne, le temps d'une photographie ou d'une courte vidéo, une sorte de deuxième vie poétique.
Une fine poussière d'esprit enfantin recouvre ces mises en scène loufoques où l'on voit, par exemple, l'artiste transformé en « astroboy », avec mode d'emploi incorporé à un blister tendance. Ailleurs, voici le corps réifié et allégé à la fois par une curieuse carapace de bouteilles en plastique, ou encore le visage totalement stratifié par le carton. Le portrait que David Paredes tire alors de lui-même semble aussi un jeu d'enfant : se montrer autrement, épater le monde, rire un peu, trébucher mais à peine.
L'art, c'est la manière, dit-on. Restons rêveurs alors devant la manière dont David Paredes fait de ce jeu une épiphanie délicate, un événement qu'il est difficile, d'un coup, de nommer. Le geste s'avère plus retenu, plus tendu qu'un premier regard superficiel pouvait laisser croire. Loin d'exhiber des coutures faites à la hussarde dans un grossier matériau, il s'agit au contraire de laisser l'illusion perdurer le temps d'un clin d'oeil. L'élégance des formes et la finition méticuleuse emmènent dans un univers dédoublé : le fragile a de l'assurance, le rêve donne des gages de solidité. Le regard avance sur le fil, celui que l'artiste tend entre dérision et fantasmagorie, entre masque et vérité. Le regard avance au-delà d'une simple valorisation plastique du déchet : vers un entre-deux, vers une stimulante et inquiétante étrangeté.
L'enfance, c'est là-bas, c'est le pays d'où l'on vient. Quelques bribes, traces et simulacres remontent à la surface, transfigurés et préservés. C'est un univers où se mêlent force et fragilité. Ainsi en va-t-il des immenses bateaux en papier que David Paredes hisse avec un humour opiniâtre devant d'imposants lieux de pouvoir. Condamnés à s'écrouler, à se laisser dépouiller dans la terreur des vents et sous le regard hautain des hommes puissants, ces esquifs si friables frémissent aussi de la force inaliénable d'un rêve : partir, voyager, aller voir ailleurs.
David Paredes est un artiste de la mémoire et du déplacement.
Mémoire friable et déplacement incertain.
Mémoire ludique et déplacement effronté.
Attaché à ne rien laisser perdre et à ne pas se perdre, son geste élastique se glisse dans tous les possibles, n'écarte aucune forme où s'inventer : sculpture en cire, dessin géant, casque customisé, performance, vidéo... Son approche ludique se balance toujours sur la corde fine et mouvante d'un non-sens discret. Jamais loin non plus d'un grincement critique, ou d'un grain qui crisse avec entêtement.
Le parodique envahissement qui se déploie dans l'installation Arturitos Unidos Jamas Seran Vencidos envoie ainsi des éclairs paradoxaux. Armada vaine et vague puissamment poétique, dérision des idéaux et beauté de l'ordinaire.
Danielle Morel




Sans titre, 21x29, 2010

Il faut être fort, 60x35x30, 2007

A lire l'interview de Emeric Merlin, service communication SMH
Conception
F. Guinot / B. Bruatto
Textes
Danielle Morel