Il existait à Saint-Martin-d'Hères de 1623 à 1792 un important domaine d'environ 14 hectares consistant en quelques bâtiments (maison, étable, grange) et 90% de terres cultivées appartenant à la Maison de la Propagation de la Sainte Foy.
Ce domaine acquis le 12 juillet 1589 par Monsieur Marc de Barzemont, Seigneur de la Barre, président de la Chambre des Comptes du Dauphiné qui l'achète à Noble Gaspard Roland Dargaray (de Romage ?).
Le 15 mars 1663, Dame Françoise de Barzemont, fille du précédent et veuve de Messire Jean Audeyer, Conseiller du Roy, Président du Parlement du Dauphiné, le lègue par testament à la "Chapelle de la Propagation de la Foy".
Extrait du testament de Dame Françoise de Barzemont (partie concernant la Terralière) :
"Dame Françoise de Barzemont, veuve de messire Jean Audeyer, Conseiller du Roy, Président du Parlement du Dauphiné a donné et légué à la Chapelle de la Propagation de la foi catholique, apostolique et romaine établie dans cette ville, une maison grange prés et terres et fonds de Terralière et autres prés du maretz et une émine de terre à Saint-Martin et les meubles qui s'y trouvent dans la dite maison, sans le pouvoir aliéner, pour en jouir à perpétuité et employer les revenus à l'entretien de ceux et celles qui se convertiront à notre Religion et aux autres œuvres de pies ainsi qu'il sera trouvé bon et à propos par ceux qui auront la charge de la dite Propagation".
(Cette copie du testament n'est pas datée mais on a une date précise par un document ultérieur).
La propriété compte 34 001 toises / carrées soit un peu plus de 14 hectares. Elle est limitée au levant par les terres du Seigneur de Bonrepos (qui deviendront par la suite la propriété du couvent de Sainte-Marie d'en Haut), au couchant par le chemin de Grenoble à Saint-Martin. Aujourd'hui, c'est à peu près : au nord par l'avenue Potié, à l'ouest de l'avenue de la Mogne, puisqu'on trouve dans des documents et ce jusqu'aux années 1930, un pont de la Propagation sur l'avenue Potié qui enjambe la Mogne avant que celle-ci traverse le Bon Pasteur, à l'est les terrains occupés par le quartier Renaudie et au sud jusqu'au marais sur lesquels s'est construit le quartier Teyssère beaucoup plus tard.
Cette propriété ne sera jamais occupée par les religieuses. Elle est louée dès 1666 à des fermiers. Le premier est nommé Jullien Jean, fermier à la plaine.
La Maison de la Propagation de la Sainte Foy n'est pas un ordre religieux, à l'époque on parle de congrégation, mais une espèce de d'association gérée par des religieux et des laïcs qui propose d'œuvrer pour la "conversion des hérétiques".
Une délibération du 8 février 1647 propose de créer à Grenoble une congrégation pour la propagation de la Sainte Foy à l'instar de Paris. La dite congrégation se propose d'œuvrer pour la conversion des hérétiques et en particulier "d'aider les jeunes gens à apprendre un mestier et les filles à trouver un mary".
Le 17 février 1647, Monseigneur Pierre Baudot, chanoine de l'église cathédrale Notre-Dame de Grenoble est prié par la congrégation d'en assumer la direction.
Pour réaliser ses objectifs, la congrégation a besoin d'argent. Elle reçoit des dons en espèces mais surtout elle tire des ressources des propriétés qu'elle possède. Dans la région l'une des plus importantes est le domaine de la Terralière à Saint-Martin-d'Hères.
Dans un premier temps, la Maison de la Propagation de la Sainte Foy va fonctionner comme un bureau de placement pour les jeunes gens et les jeunes filles qui renoncent au protestantisme, l'aide pouvant aller jusqu'à l'octroi d'argent.
Dans la deuxième moitié du 17ème siècle les brimades et les pressions des protestants vont s'intensifier de la part du pouvoir pour aboutir le 17 octobre 1685 à la révocation de l'Edit de Nantes. Dés lors, les protestants n'ont d'autres choix que la conversion ou l'exil, la prison et la mort.
La Maison va alors jouer son rôle : récupérer les enfants des "hérétiques" décédés, en fuite ou emprisonnés, pour les éduquer dans la religion catholique.
"Mémoires Vives N°2, Juin 1996"